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Ibiza (Eivissa)
28352 hab. - île d'Ibiza - Province des Baléares.
La Vila d'Eivissa, appelée Ibiza à l'extérieur des Baléares, est la capitale
de l'île du même nom. L'arrivée en bateau, peut-être davantage encore que pour
Palma ou Mahon, est inoubliable. Les maisons blanchies à la chaux, s'étageant
à flanc de colline, avec au sommet, entourée de murailles, Dalt Vila, la haute
ville aux nobles demeures massées autour de la cathédrale, forment un tableau
presque inchangé depuis le XVIe S.
Près du port, cependant, les constructions récentes nous rappellent qu'Ibiza,
devenue dans les années soixante un lieu mythique pour une jeunesse en quête
de 1iberté, a su utiliser cette image de marque pour faire de l'Île l'un des
principaux centres touristiques de la Méditerranée occidentale.
L'île des vestiges puniques. - Après avoir été habitée à l'age du bronze
par des populations qui n'y laissèrent que peu de traces, Ebusus, est fondée
en 654 av. J.-C. par les Carthaginois, sur une ancienne colonie phénicienne.
Les fouilles archéologiques du Puig des Molins, colline qui servit de nécropole
entre le IVe S. av. J.-C. et le IIIe S. de notre ère, nous ont apporté de précieuses
informations sur cette civilisation. L'exploitation antique des salines et des
mines de plomb argentifère, la préparation de la pourpre avec des coquillages
abondants sur ces rivages et la fabrication d'amphores enrichissent cette île
dont Diodore de Sicile vante les « ports mémorables et les murailles ».
Après la deuxième guerre punique (218-201 av.
J.-C.), Ebusus devient une ville confèdérée il Rome. Elle est dévastée par
les Vandales en 426, puis occupée par les Byzantins en 535, défendue par Charlemagne
contre les Arabes en 798, ruinée par les Normands en 859 et enfin conquise par
les Maures en 901. Devenue un nid de pirates dépendant du royaume musulman de
Dènia, Jacques le' d'Aragon la reconquiert en 1235, puis elle est rattachée
au royaume de Majorque dont elle suit le sort. Charles Quint y fait escale en
1541 au retour de l'expédition d'Alger. Fréquemment attaquée par les flottes
des Ottomans et des Barbaresques, Ibiza participe il la guerre menée contre
les Anglais en Méditerranée il la fin du XVIIIe s, et au début du XIXe S.
L'île du tourisme branché. - Ibiza n'est pas connue du grand public pour
ses vestiges puniques. La présence sur l'île, il partir de 1965, de jeunes gens
aux cheveux longs, vêtus de tuniques fleuries et partisans d'une idéologie qui
allait marquer le monde occidental pendant une décennie (pacifisme, écologie,
naturisme...), devait donner de cette petite île l'image stéréotypée d'un lieu
de plaisirs et de liberté sexuelle. De faux hippies, vrais fils il papa de l'Europe
du Nord, ont envahi Ibiza dans les années soixante-dix, il la recherche de sensations
fortes et d'exhibitionnisme. C'était tout un style de vie qui attirait cette
jeunesse dorée vêtue à la mode « ad lib », la mode « ibicenca ».
Le symbole était puissant; les retombées économiques devaient l'être aussi.
Le tourisme est aujourd'hui pour Ibiza une véritable poule aux œufs d'or.
Baléarisation. - Avec ses 286 hotels, qui offrent près de 90000 places sur
une Île de 541 km2 et 66000 hab. (statistiques de 1985), Ibiza illustre parfaitement
ce développement mal controlé d'un tourisme de masse connu en Europe sous le
terme de "baléarisation", Certes, le revenu par habitant a fortement
augmenté et le bilan démographique est positif, mais cela s'est tait au détriment
du paysage et de l'équilibre écologique des îles. En l'absence de planification,
les bâtiments ont poussé comme des champignons, tel ce gigantesque hotel construit
dans l'axe de la piste de l'aéroport, et qu'il a fallu détruire à la dynamite,
car le décollage était devenu très dangereux. A cela, il faut ajouter l'étroite
dépendance envers les agences de voyages étrangères, qui imposent leurs prix
aux chaines d'hotels, et le déséquilibre d'une économie totalement basée sur
le tourisme. La médaille punique a un bien triste revers.
"Feina 0 menjar !" - "Travailler ou manger", c'est ce
que demande le Famelià, l'un des nombreux esprits qui habitent l'île. Si vous
le laissez échapper de sa bouteille, il va mettre à votre disposition son immense
capacité de travail pour construire un mur, terminer une maison ou résoudre
tous vos problèmes domestiques. Mais ne le laissez pas inactit, car il réclame
alors à manger, et ce nain malicieux vous ruinera en peu de temps. D'autres
esprits, comme le Barruguet ou le Follet, peuplent l'imaginaire eivissenc, riche
en croyances et superstitions de toutes sortes: surtout, ne donnez pas de sel
à un étranger, ne vous coiffez pas sur un bateau, ne laissez pas de ciseaux
ouverts, ne mettez pas vos chaussettes à l'envers... car il pourrait vous arriver
malheur.
Visite de la ville
Dalt Vila est le quartier situé sur l'emplacement de l'ancienne acropole
ou les Carthaginois avaient bâti leur temple principal, consacré au dieu Eshmoun.
Entouré de murailles, il a conservé depuis l'époque de Philippe II la forme
d'un heptagone irrégulier flanqué de sept bastions. En montant par la rampe
d'accès qui commence sur la place du marché, on Y pénètre par le portal de les
Taules, ainsi nommé à cause des planches qui formaient le pont-levis. Vous remarquerez
le superbe blason, ainsi que de part et d' autre les statues romaines, découvertes
en 1585 lors de l'édification de la porte.
Vous vous promènerez alors dans un labyrinthe de ruelles payées, avec pour
fil d'Ariane la cathédrale, sise au sommet de la colline. Elevée en style gothique
au XIVe siècles, sur un site consacré au culte depuis les Carthaginois, la cathédrale
d'Ibiza fut en majeure partie rebâtie au XVIIe siècles Dans le musée, vous verrez
une belle custode> en argent doré et deux tableaux de la fin du XIV s., exécutés
par Francesc Cames.
Derrière l'édifice, à coté du château, une grande terrasse vous permettra
de découvrir un magnifique panorama sur l'entrée du port, les salines et, à
l'horizon, l'Île de Formentera.
Sur la place de la cathédrale, le Musée archéologique créé en 1903, renferme
d'intéressantes collections d'art . punique, provenant des fouilles d'ilia Plana
et de la grotte d'Es Culleram, près de Sant Joan. Bustes de la déesse Tanit,
statuettes moulées dans l'argile, amulettes égyptiennes, bijoux en or et en
ivoire, monnaies puniques et romaines, amphores... c'est tout un art relativement
peu connu que l'on pourra découvrir dans ces salles.
Aménagé en 1969 dans la salle d'armes de Dalt Vila, le musée d'art contemporain,
dont les fonds sont composés de plusieurs centaines d'oeuvres (Tàpies, Millares,
Tur Costa...), nous rappelle qu'Ibiza est depuis quelques décennies un foyer
important de création artistique.
Vous découvrirez aussi à Dalt Vila d'anciennes demeures aristocratiques aux
fenêtres gothiques ou Renaissance, une église de la fin du XVIe siècle (Santo
Domingo), mais aussi des galeries d'art et des boutiques d'artisanal.
Au pied de Dalt Vila se trouvent le quartier de Sa Marina, avec ses rues
commerçantes et ses nombreux restaurants, et celui de Sa penya, aux étroites
venelles bordées de maisons de pêcheurs blanchies à la chaux, qui évoquent l'Afrique
du Nord toute proche. Les compositions formées à partir du cube blanc, module
de base de la maison eivissenca, sont infinies, et sur ce rocher au bout du
port, la fascinante architecture traditionnelle de Sa penya est aux antipodes
de l'habitat normalisé de nos villes modernes. On comprend pourquoi les hippies
de 1965, fuyant l'anonymat glacé des banlieues industrielles, ont trouvé là
un lieu de prédilection.
Au Puig des Molins, dans un joli paysage d'oliviers, se trouvent les 4000
tombes excavées dans le roc de la nécropole phénico-carthaginoise d'Ebusus,
l'une des principales sources d'information sur la civilisation punique. Le
musée du Puig des Molins abrite des objets mis au jour dans ces hypogées, qui
sont reliés entre eux depuis des siècles par des galeries souterraines destinées
au pillage des sépultures.
Environs
1 - Jesus (4 km N.-E.). - Église du XVIe s., recouverte de
nombreuses couches de chaux. A l'intérieur, le retable gothique de l'école de
Valence, peint vers la lin du XVe siècle ou au début du XVIe s., représente
la Vierge entourée d'anges musiciens, dans un style qui évoque déjà la Renaissance.
2 - Playa Talamanca (3,5 km E.). - A proximité se trouve le
groupe de villas de Ca'n Martinet, construites par le célèbre architecte Josep
Lluis Sert. Il s'agit d'une remarquable synthèse entre les formes de l'habitat
traditionnel eivissenc et les principes hérités de Le Corbusier.
3 - Église fortifiée de Sant Jordi (6 km S.). - Elle date du
XIVe siècles
4 - Sa Canal (10 km S.). - Hameau situé sur la plage de sable
de Migjorn, près des salines qui valurent à Ibiza, au Moyen Age, son surnom
d'Île de Sel; celles-ci occupent 400 ha, et le sel est exporté à partir du port
de Sa Canal vers les pays nordiques, où on l'utilise dans les conserveries.
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