Cordoue

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Cordoue

Grenade, 166 km. - Madrid, 406 km. - Séville, 143 km.

Alt. 123 m. - 283000 hab. - Capitale de la province de Cordoue (Andalousie).

Cordoue, l'une des plus anciennes villes d'Espagne, est la cité" de l'esprit et de la culture ». Municipe romain, patrie de Sénèque, héritière de la tradition grecque, capitale de l'Espagne musulmane et cour des califes d'Occident, son empire spirituel s'étendit de Rome à l'Afrique et son influence fut déterminante dans l'essor de la civilisation occidentale.

Vous vous laisserez séduire par le caractère de ses vieux quartiers ou, tout autour de la cathédrale mosquée, vous percevrez encore des parfums d'islam en parcourant des ruelles tortueuses, bordées d'églises, d'ermitages, de couvents, de demeures seigneuriales qui conservent, imprimé dans la pierre, le souvenir des temps anciens. Cordoue a su garder intacte cette inimitable allure andalouse avec ses patios somptueux, étincelants d'azulejos, ou le fer forgé a une élégance à nulle autre pareille dans l'architecture domestique espagnole.

La ville dans l'histoire

Des antécédents punico-romains. - Fondée par les Carthaginois, conquise par Claudius Marcellus en 152 av. J.-C., Cordoue devient une riche cité romaine, capitale de l'Espagne ultérieure, mais est ravagée en 45 av. J.-C. lors de la guerre civile entre César et Pompée. Auguste la relève de ses ruines et ses successeurs y ramènent la prospérité. Occupée par les Goths en 572, elle est placée sous la dépendance de Tolède et connait donc un déclin qui dure prés de deux siècles.

Le califat omeyyade. - Prise par les Maures dés 771, elle est préférée à Séville et devient la capitale d'un vaste empire que vingt émirs, qui se succèdent de 715 à 756, tentent d'agrandir outre-Pyrénées, mais échouent en 732 à la bataille de Poitiers. Chassé de Syrie par un changement dynastique (750), un prince omeyyade se réfugie à Cordoue et se fait proclamer émir d'Andalousie en 756, sous le nom d'Abd ar Rahman. Il repousse une armée abbasside commandée par le gouverneur de Kairouan et, en 798, Charlemagne, qui a tenté une expédition contre Saragosse.

Sous son autorité et celle de ses successeurs, s'ouvre pour Cordoue une ère incomparable de grandeur et de richesse. L'émir fait commencer les travaux d'une Grande Mosquée qu'il veut faire l'égale en somptuosité des principaux sanctuaires de l'islam. Sous les règnes d'Abd ar-Rahman II (912-961), qui se proclame calife en 929, de son fils, AI Hakam Il (961-976) et d'AI Mansour, véritable maire du palais du calife Hisham II (976-1009), Cordoue atteint l'apogée de sa splendeur et est la plus populeuse cité d'Occident: elle ne peut être comparée, en Europe, qu'à la capitale des basilei d'Orient, Constantinople, ou à la métropole islamique d'Orient, Bagdad. Elle compte, dit-on, trois cents mosquées, d'innombrables palais d'une rare somptuosité et la vie intellectuelle y est plus rayonnante que partout ailleurs en Occident. La décadence du califat omeyyade de Cordoue, aboli en 1031, lui porte un préjudice immense et entraîne l'émiettement en émirats rivaux de l'Andalousie, où les Berbères, Almoravides puis Almohades, déferlant en vagues impétueuses mais éphémères, viennent jeter le trouble. Le coup de grâce lui est porté en 1212, lors de l'écrasement de l'armée almohade à Las Navas de Tolosa par une coalition des rois de Castille, d'Aragon et de Navarre. Cordoue est abandonnée par ses habitants musulmans qui se réfugient en Afrique du Nord, et le roi de Castille Ferdinand le Saint y entre en grande pompe en 1236. Elle devient alors une ville frontière, menacée à plusieurs reprises par les Maures. Placée dans ce climat d'insécurité permanente pendant trois siècles environ, Cordoue n'est plus que l'ombre de ce qu'elle a été. Les vainqueurs négligent l'industrie et l'agriculture, laissent à l'abandon le système d'irrigation aménagé par les Maures. Son industrie des cuirs maroquinés, si célèbres sous le nom de cordouans, disparaît presque entièrement.

Cordoue aujourd'hui. - Vous ne manquerez pas de noter le contraste avec la ville moderne, ses quartiers planifiés qui ne correspondent plus aux modèles autochtones (aussi bien ruraux qu'urbains), reflet du développement économique et démographique de la ville et de son essor industriel. L'économie de la province de Cordoue privilégie le secteur primaire, particulièrement l'agriculture. C'est à Cordoue que s'installent la plupart des industries (céramique, ciment, bijouterie, travail du métal, alcools) qui soutiennent le petit commerce malgré l'apparition de chaînes de grands magasins. Le tourisme n'a pas encore mis en valeur toutes les possibilités de la région.

Ils sont nés à Cordoue. - Le poète Lucain (39 apr. J.-C. -65), les deux Sénèque, Averroés (1126-1198), introducteur en Europe de la pensée aristotécienne, le médecin et philosophe juif Ma'imonides (1135-1204), auteur du «Livre des Indécis ", traité de philosophie inspiré de Platon et d'Aristote, saint Euloge (t 859), élu archevêque de Tolède en 858, mais, martyrisé sous le règne de l'émir Muhammad le' (852-886), le poète Luis de G6ngora (1561-1627), qui devint aumônier de Philippe III, les peintres Bartolomé Bermejo (t après 1495) et Lucas Valdés (16611725), etc. Le célèbre général Gonzalve de Cordoue, surnommé le Grand Capitaine à la suite de sa campagne contre les Français en Calabre, naquit à Montilla, près de Cordoue, en 1443 ( à Grenade, en 1515).

Spécialités gastronomiques. - Le ragoût de queue de taureau (estofado de rabo de toro), les pattes de porc à la cordouane (manos de cerdo a la cordobesa), les cuisses de grenouilles à la tomate (ancas de rana con tomate), les asperges sauvages (esparragos trigueros) et quelques plats mozarabes comme l'agneau au miel (cordero a la miel).

Visite de la ville

1 - Barrio de la Juderfa - Mosquée-cathédrale. - Alcazar

Par la puerta de Almodovar (plan couleur /, A3), porte mauresque percée dans une enceinte crénelée dont il subsiste un important tronçon, entrez 'dans le quartier de la Juderia, ancien ghetto juif aux ruelles blanches et murs fleuris avec des maisons s'ouvrant sur des patios il la végétation foisonnante, ou l'on entend parfois le son des guitares et les battements de mains. Vous y visiterez une synagogue, une des plus célèbres d'Espagne et l'une des rares qui subsistent avec celles de Tolède; celle-ci, construite en 1315, conserve quelques spécimens de stucages entremêlés d'inscriptions hébraiques.

Un peu plus loin, la casa de las Bulas, du XVIe s., abrite le Musée municipal taurin, sur le site présumé de la maison de Malmonides (1135-1204).

Exposition consacrée il la tauromachie et aux plus fameux toreros cordouans, dont Manolete et El Cordobés, et aux produits de l'artisanat qui a le plus contribué au renom de cette ville, celui des cuirs de Cordoue.

En prenant à gauche dans la calle de Salazar, vous passerez devant l'église San Pedro de Alcantara , rebâtie en style baroque au XVIIe s.; elle s'ouvre par un portail ogival du XVs., reste d'un sanctuaire plus ancien (à l'intérieur, Dolorosa, par Pedro de Mena).

En face, l'hospital de Agudos, du XVIIIe s., comprend un chapelle gothico-mudéjare des XIIIe et XIV s., connue sous le nom de capilla de San Bartolomé, aux murs couverts de stucage et avec des inscriptions arabes, sur un soubassement d'azulejos; colonnes wisigothiques de remploi avec leurs chapiteaux.

En tournant a dr. après l'église San Pedro de Alcantara en venant de la calle de Salazar vous vous dirigerez vers la célèbre mosquée de Cordoue (les pancarte indiquent mezquita).

Mosquée-cathédrale   L'ancien Masjid al Djami'a, ou mosquée principale, pour laquelle les Anciens auraient sans doute ajouté une unité à leurs merveilles du monde, est bien la digne rivale des plus prestigieux oratoires musulmans, telle la mosquée des Omeyyades de Damas ou Al Azhar du Caire par la somptuosité de son ornementation. C'est la plus grande du monde aprés celle de La Mecque. ( L'édifice actuellement visible résulte de trois phases principales de construction qui s'échelonnent entre le règne d'Abd ar-Rahman 1er  (756-788) et celui de Hisham II (976-1009). La majestueuse ordonnance de ce monument fut bouleversée au XV s. par l'aménagement d'une première cathédrale et, au XVIe s., d'une façon beaucoup plus préjudiciable, par la transformation, en plein cœur de la célèbre forêt de colonnes, d'un second secte affecté au culte chrétien, sans compter les chapelles aménagées sur le pourtour.

De Janus à Jésus-Christ. - La mosquée-cathédrale s'élève sur le site d'un temple paien consacré à l'époque romaine au dieu Janus; les Wisigoths la transformèrent en église dédiée à saint Vincent. Lorsque Abd ar Rahman 1er  eut résolu d'ériger une mosquée digne de rivaliser avec la mosquée des Omeyyades de Damas d'où il avait été chassé par les Abbassides, il fit raser l'église après avoir indemnisé les Mozarabes et, sur son emplacement, commença en 785 la construction de mosquée qui fut achevée, après sa mort (788), par son fils Hisham 1er . Celui-ci ajouté un minaret. La mosquée comprenait alors onze nefs perpendiculaires à la façade côté de la cour des Orangers, façade percée d'autant de portes qu'il y avait vaisseaux. La nef centrale, au fond de laquelle se trouvait la niche du mihrab orientée dans la direction (qibla) de La Mecque, s'étendait dans le prolongement l'actuelle puerta de las Palmas.

Abd ar Rahman II, de 833 à 848, agrandit la mosquée en prolongeant chacune ( onze nefs vers la qibla, dont le mur était localisé à la hauteur de la chapelle de Villaviciosa. Abd ar Rahman III fit ériger, en 951, un nouveau minaret (reconstruit en 1593-1644). Al Hakam II (961-976) donna à la mosquée non pas ses dimensions actuelles mais sa profondeur, en repoussant encore le mur de qibla où il fit aménager le mihrâb que l'on peut voir de nos jours.

Sous le règne de Hisham II (976-1009), enfin, Al Mansour élargit la salle de prière en ajoutant huit autres nefs, paralléles aux premières, sur toute la profondeur de l'édifice (cette dernière partie se reconnaît aisément il son pavement de briques rouges). Elle se composait ainsi de dix-neuf nefs ouvertes sur la cour des Orangers en formant une forêt de colonnes.

En 1236, lorsque le roi saint Ferdinand eut conquis Cordoue, la mosquée fut consacrée au culte chrétien, sous l'invocation de l'Assomption de la Vierge. On ferma les dix-neuf nefs sur le patio, il l'exception d'une seule, la puerta de las Palmas. Sur tout le pourtour on éleva des cloisons pour aménager des chapelles, tandis que le roi Alphonse X le Sage faisait bâtir (1258) une Capilla Mayor (sanctuaire) il l'emplacement de la travée, dite chapelle de Villaviciosa, il côté de la Capilla Real (1260), qui devait être destinée il lui servir de panthéon (elle fut en réalité transformée en sacristie, mais reçut en 1312 la dépouille mortelle Ferdinand IV, puis en 1371, celle d'Alphonse XI, tué lors du siége de Gibraltar, après que le roi Henri II eut fait exécuter quelques travaux.

Pendant deux siècles et demi, le chapitre se contenta de ces installations, mais, la fin du XVe s., l'évêque Inigo Manrique fit pour ainsi dire tailler une première cathédrale en faisant abattre les colonnes de cinq nefs, sur une profondeur de trois travées, et ériger deux murs (aujourd'hui démolis) qui délimitaient un vaisseau terminant à la chapelle de Villaviciosa. Isabelle la Catholique refusa d'accord l'autorisation de plus amples constructions.

L'irréparable. - En avril 1523, le chapitre résolut d'ériger une cathédrale plus vaste au chœur de la forêt de colonnes du monument arabe. A cette nouvelle, l'ayuntamiento s'émut et menaça de mort quiconque oserait attenter à cette merveille en attendant l'arbitrage de Charles Quint alléguant que ce qu'on voulait défaire n' serait jamais remplacé par quelque chose qui arrivât à semblable perfection ».

Le conseil royal intervint et donna tort à l'ayuntamiento en lui prescrivant de lever c interdits. L'architecte Hernan Ruiz, auquel succéda son fils, commença les travaux Lorsque Charles Quint vint en Andalousie, trois ans après avoir donné son accord il parut vivement mécontent: "Si j'avais su, dit-il aux chanoines, ce que vous vouliez faire, vous ne l'auriez p fait car ce que vous faites là peut se trouver partout et ce que vous aviez auparavant n'existe nulle part.» La nouvelle construction fut pourtant terminée en 1599: en même temps que les nombreuses chapelles du pourtour (beaux retables, dont l'un, dans la chapelle San Nicolas de Bari, fut peint par Pieter de Kempeneer). Au XVIIIe s.;

des voutes remplacèrent, dans la cathédrale proprement dite, les plafonds artesonados. Les travaux de restauration ont débuté en 1824, furent repris en 1885 et plu récemment; ils se sont appliqués surtout aux façades, aux plafonds et au pavement. La puerta del Perdon. au pied de la tour du minaret (aujourd'hui clocher), est une construction mudéjare datée de 1377; les vantaux en bronze de la porte, couverts d'incriptions, ont été restaurés en 1539.

La tour dei Alminar (du Minaret), qui menaçait ruine vers la fin du XVIe s., fut reconstruite en un sévère style d'inspiration herrerienne, mais égayé de nombreuses" balustrades, à partir de 1593 et jusqu'en 1664, sur des plans dressés par Hwnanl Ruiz, le fils de l'architecte qui fut chargé de l'érection de la cathédrale du XVIe S. .

Ce clocher à six étages en retrait comprend, pour ainsi dire coffré dans la maçonnerie chrétienne, le premier étage du minaret élevé par Abd ar Rahman III en 951 et qui servit de modèle aux plus fameux minarets almohades, ceux des grandes mosquées de Rabat, Marrakech et Séville (la Giralda). .

La puerta dei Perdon s'ouvre sur la cour des Orangers (patio de los Naranjos) élément indispensable des grandes mosquées orientales, qui est bordée par d portiques, sauf du coté de l'ancienne salle de prière musulmane, et ornée de cinq fontaines; au centre, citerne du temps d'Al Mansour, pour recueillir les eaux d pluies. Dans la cour, bornes milliaires romaines qui jalonnaient les voies d environs.

Sur la façade de l'ancienne salle de prière, une inscription arabe fait état d'un restauration exécutée sous le règne d'Abd ar Rahman III, au Xe S. Vous entrerez la puerta de Santa Catalina après avoir remarqué la puerta de las Palmas surmontée d'un frontispice carré avec les statues de la Vierge et de l'an Gabriel (1531).

Intérieurement, la salle de prière est formée de 19 vaisseaux d 36 travées, mais relativement basses, puisqu'elles ne s'élèvent qu'à 11 m, mais cette donnée métrique est démentie par la sveltesse des supports, don le nombre parait infini, par la multiplicité des perspectives, et Théophile Gautier a pu écrire: "Il vous semble plutôt marcher dans une forêt plafonnée qu dans un édifice; de quel côté que vous vous tournez, votre œil s'égare travers des allées de colonnes qui se croisent et s'allongent à perte de vue.

Les colonnes, au nombre de huit cent cinquante environ (on dit qu'il y en eut un millier), sont de granit, de jaspe, de brèche verte et violette et autres marbres précieux. Elles proviendraient des pays les plus divers, de Constantinople, de France (NÎmes et Narbonne), d'Espagne (Tarragone, Séville), des temples romains de l'Afrique du Nord, notamment de Carthage. Les colonnes de la partie la plus ancienne de l'édifice (mosquée d'Abd ar Rahman le,) ont des chapiteaux tous différents, romains et wisigothiques. Sur les colonnes, de hauteur inégale, sont bandés deux étages d'arcs en pierre, dont les claveaux sont alternativement rouges et blancs (cette bichromie n'existait pas dans la mosquée primitive). Ces arcs, il leur tour, supportent des plafonds mauresques, sculptés et polychromes, en bois de mélèze, qui autrefois" brillaient comme le soleil sans nuages", illuminés par les feux de milliers de lampes.

Immédiatement après l'entrée par la puerta de Santa Catalina, dirigez-vous vers la dr. pour progresser dans la nef située dans l'axe de la puerta de las Palmas. Elle est plus large et plus haute que les autres, parce qu'elle constituait le vaisseau central de la mosquée d'Abd ar Rahman le', puis de celle d'Abd ar Rahman II et d'AI Hakem III.

Vous parviendrez il la chapelle de Villaviciosa, l'une des plus belles travées du monument, ou se trouvait le mihrab de la mosquée d'Abd ar Rahman II. Elle doit sa beauté il des arcs polylobés, entremêlés au second étage, aux douelles finement ornées de plâtres sculptés ou lisses, et il l'élégance des voûtes des travées adjacentes et. des arcs entrecroisés qui supportent la coupole et allègent l'ensemble de cette superstructure, ou s'ouvrent de petites fenêtres il jalousies et ou s'épanouissent des rosaces.

A côté, à g., la chapelle royale fut réaménagée au XIVe s. pour servir de sépulture il deux rois de Castille, Ferdinand IV et Alphonse XI ; la mervelleuse décoration mudéjare de stucages et de mosaïque de faïence émaillée du XIve s., témoigne de l'influence de l'art grenadin dans les provinces reconquises par les chrétiens.

L'agrandissement de la mosquée du temps d'AI Hakam Il, il partir de 962, représente l'apogée de l'art califal de Cordoue, d'un faste et d'un luxe inouis, surtout dans les travées du mur de la qibla, ou est aménagé le mihrab, une niche orientée vers La Mecque.

Les arcs s'y déploient en festons, d'une grâce incomparable, rehaussés de plâtres sculptés, où l'épigraphe arabe, qui se prête si naturellement il la fantaisie, apporte son concours, au même titre qu'un répertoire floral qui ne s'est pas encore asphyxié dans une prolifération de motifs sur toutes les surfaces apparentes. Cet art est l'expression même de la mesure et de la lucidité de maîtres d'œuvres parvenus il leur pleine maturité et qui ne sont pas encore gagnés par la frénésie de l'ornementation il outrance qui rend moins sensible, sinon invisible, la beauté des lignes architecturales; ce monument est il l'architecture arabe d'Occident ce que l'alexandrin est il la poésie: sa noblesse.

Vous admirerez la coupole en pierre de taille, aux élégantes nervures couvertes d'arabesques et de mosaïques à petits cubes de verre, chef d'œuvre de l'art oriental, qui furent exécutées par un mosaïste envoyé par Nicéphore Phocas à la suite d'une démarche effectuée par un envoyé d'AI Hakam Il, auprès de l'empereur byzantin.

Le mihrâb est lui aussi somptueusement décoré, surtout la façade, aux panneaux de marbre travaillés au trépan, de manière il former de délicates arabesques de fleurs et de fruits, aux mosaïques ou la riche polychromie des cubes de verre déploie toute sa séduction à la douelle de l'arc principal, ainsi que sur ses claveaux et dans les arcs aveugles au-dessus d'une frisée épigraphique. La niche de ce mihrab prend ici une allure monumentale, inhabituelle dans l'art islamique, en raison de ses dimensions: elle forme une véritable chambre couverte d'une coupole taillée dans un seul bloc de marbre. C'était là qu'était déposé le Coran, le livre sacré qui, d'après les auteurs arabes, avait quelques feuilles écrites de la main du calife Othman; ce livre sacré était couvert d'or, enrichi de perles et de rubis, et se trouvait fixé par un cadenas sur un pupitre de bois rare et d'ivoire, puis recouvert d'un tapis de soie. Les fidèles admis dans ce lieu devaient, comme à La Mecque, en faire le tour sept fois à genoux. (Les dalles du sol sont usées circulairement, par suite de ce frottement continuel, ainsi que le revêtement de marbre, à la hauteur des coudes.)

A g. et à dr. du mihrab, notez encore la maqsura, clôture à claire-voie qui délimitait l'emplacement réservé au souverain.

A g., se trouve la sacristie qui, avec La salle capitulaire, renferme le trésor de la cathédrale: custode gothique, en argent ciselé par Enrique de Arfe (1517), reliquaires, calices, baisers-de-paix et crucifix d'ivoire dont l'un est attribué à Alonso Cano, ainsi que diverses statues, des devants d'autel brodés des XVe et XVIe s.; manuscrits des IXe et Xe s., près de 200 incunables avec des reliures mudéjares, etc.

A dr. en entrant dans la sacristie, la petite chapelle du Cardinal abrite le tombeau de son fondateur, le cardinal Pedro de Salazar. A un pilier de la chapelle du Santo Cristo del Punto, Annonciation, tableau de Pedro de Cordoba (1475).

En vous dirigeant vers la cathédrale du XVIe s., vous passerez devant la chapelle San Pablo (retable peint par Pablo de Céspedes).

La cathédrale du XVIe s., construite au cœur de la mosquée, est une bonne œuvre de style Renaissance, très majestueuse, avec ses hautes voutes et sa coupole à base elliptique, surtout lorsqu'elle est découverte depuis un bras du transept. Mais il est certain qu'elle contraste de singulière façon avec le monument arabe. ' Le chœur, construit par Hermin Ruiz (le père) de 1523 a 1539, renferme des stalles 1 de style churrigueresque sculptées par Pedro Duque Cornejo en 1758. Entre le chœur et le sanctuaire se trouve la pierre tombale de Léopold d'Autriche (t 1557), évêque de Cordoue, fils de l'empereur Maximilien le' et frère de Philippe le Beau, roi de Castille (1504-1506; 1557).

Le sanctuaire, commencé en 1547 par Hernan Ruiz (le fils; t 1583) et achevé en 1599 par Diego de Praves, abrite un retable d'une froide monumentalité, œuvre de Matias Alonso (1618-1628) avec des peintures de Palomino et des sculptures par Pedro de la Paz, et des chaires sculptées en bois, avec les symboles de quatre évangélistes par Michel Verdiquier (1760).

En sortant de la mosquée par la calle de Torrijos, prenez à 9 et remarquez plusieurs portes condamnées dont la dernière, dite puerta de Palacios, probablement réservée aux entrées du souverain, se distingue par 1 la richesse de son ornementation. 1 A dr., la chapelle San Jacinto s'ouvre par un joli portail de 1 style gothique fleuri du XVIe S. Le palais épiscopal, sur le site de l'Alcazar maure, fut restauré pour la dernière fois en 1745 (tapisseries du 'XVIe s., léguées par Léopold d'Autriche).

A l'extrémité de la rue, le Triunfo  est un curieux petit édicule baroque, en marbre et rocaille, érigé par Michel Verdiguier (1781), ou sont représentés des saints locaux, et saint Raphael, le patron de Cordoue, au sommet d'une colonne.

L'Alcazar de los Reyes Cristianos ,enceinte rectangulaire renforcée de tours, est un ancien palais fondé au XIVe S. par Alphonse XI ; a l'intérieur, transformé en musée, sarcophages, pavements de mosaïque d'époque romaine, etc. ; des tours, belle vue sur le Guadalquivir et la ville.

Sur le campo de los Mârtires (plan /1, 84), vestiges de bains arabes, dits du calife.

D Par la puerta dei Puente , construite sous Philippe Il par Hermin Ruiz (le fils) en 1571, gagnez le pont romain , long de 240 m, large de 6,50 m dont la construction est attribuée à l'empereur Auguste, mais qui fut rebâti ou restauré plusieurs fois. Cet ouvrage, à l'origine du développement de la ville, était défendu, sur l'autre rive, par la tour de la Calahorra (plan couleur 1, 84), puissant bastion crénelé et à machicoulis, bati par les Maures et remanié par les chrétiens. Il renferme le musée de la ville, avec des documents concernant Cordoue, la navigation sur le Guadalquivir ainsi que l'art tauromachique. Depuis la terrasse au sommet de la tour, assez belle vue sur Cordoue et le fleuve (une noria a été reconstituée sur la rive dr., près de l'Alcazar).

Sur le chemin du retour vers la puerta de Almod6var, vous passerez par la calle dei Buen Pastor  et devant l'ancien couvent des Carmélites déchaussées, ou vécut saint Jean de la Croix (en 1586), et le couvent de Jesus Crucificado , fondé en 1588 (on ne visite pas); il comprend une église dont le plafond artesonado est de style mudéjar au-dessus de la nef et de l'abside. A g., sur la plaza de Angel de Torres , palais des Ceas, ou se combinent les styles gothique et mudéjar.

2 - Musée des Beaux-Arts - Musée archéologique

Cette deuxieme promenade, au cours de laquelle vous aurez l'occasion de parcourir un autre quartier de la vieille ville, mérite elle aussi d'être effectuée a pied. Mêmes lieux de parking que pour la promenade 1.

L'église de la Trinidad , bâtie au me s., renferme des autels churrigueresques et des sculptures de José de Mora, sur l'autel du Cristo de la Salud, à g. Sur la place ou elle se situe, maison mortuaire du poète Luis de Gongora

Par de pittoresques ruelles, gagnez l'église dei Sagrado Coraz6n (plan Il, 82), dont le clocher est un petit minaret du début du xe s.

Passez ensuite devant le couvent de Santa Ana , du XVIe S. (au portail, groupe sculpté du XVIIIe s.), puis devant le couvent de la Encarnaci6n , construction baroque, en face du palais de Medinaceli, récemment restauré.

L'église Santa Clara est une ancienne mosquée avec son minaret, sobre et massif, du XE s. En suivant ensuite la calle de Romero de Torres , vous atteindrez la casa dei Carpio, il g. il l'extrémité de la rue, construction du XV s., de style gothique (pavements de mosaïque romains) .

La plaza dei potro, la place du Poulain, décorée d'un monument il saint Raphael, par Michel Verdiguier (1772), et d'une fontaine , avec un poulain en bronze, est citée par Cervantès dans son « Don Quichotte» (l'écrivain aurait logé dans le Meson del Potro).

Musée des Beaux-Arts. - Il est installé dans l'ancien hôpital de la Charité, fondation des Rois Catholiques (début du XVIe s.)

Dans la chapelle, à l'élégant portail plateresque, œuvres de Juan de Valdés Leal, de Pedro Anastasio Bocanegra et d'Antonio dei Castillo.

Au 1er étage, peintures de Murillo (Immaculée Conception), Palomino, Valdés Leal, Francisco Zurbaran (attributions incertaines), Juan Carreiio de Miranda, Goya (portraits de Marie-Louise de Parme, de Charles IV), Ribera. Parmi les peintres, des écoles italiennes, les Bassano sont représentées par quelques tableaux. Une autre salle est consacrée aux peintres de l'école cordouane des XVe et XVIe S. : triptyque d'Alfonso de Aguilar, œuvres de Pedro Romana (actif de 1488 à 1536), d'un peintre anonyme dit Maître de la Flagellation (tableau de la Flagellation; 1 er tiers du XVIe s.), etc. Dans une 3e salle: peintures des écoles flamande et italienne, Pietà de Morales.

Dans un gracieux édifice baroque de 1572 est installé un musée consacré au peintre cordouan Julio Romera de Torres (1885-1930), précisément dans la maison ou il naquit et mourut. .

Son père était en effet le directeur du musée et y logeait. Belle collection des œuvres de Romero de Torres qui traitent en grande majorité de sujets féminins. Exhaltation , de la cordobesa avec le style du début du siècle. 1

Près de la plaza del Potro, l'église San Francisco  faisait 1 partie d'un couvent fondé par le roi saint Ferdinand; elle renferme des œuvres de Juan de Valdés Leal (saint Jean Baptiste et saint André de Patmos au transept g.), des sculptures d'Alonso Cano, Pedro de Mena, Carmona, etc

Musée archéologique provincial . - Il est installé dans le beau palais Renaissance (XVIe s.) de Jeronimo Paez.

Il expose des objets de la préhistoire, des antiquités ibériques dont un relief d'Almodovar dei Rio figurant une chasse au cerf, des antiquités romaines et paléochrétiennes, en particulier une statue de Mithra sacrifiant un taureau et un sarcophage paléochrétien, en marbre (exécuté vers 330), mais aussi des collections d'orfèvrerie dont le trésor de Pozoblanco (art ibéro-celtique de l'âge du fer, Janus à deux faces, d'époque romaine, etc.), de verreries et de cèramique.

Il y a encore des antiquités islamiques du palais de Medina az Zahara (dont un remarquable cerf de bronze niellé; X s,), de Cordoue, etc., avec des collections de braseros de bronze et de pierre, de panneaux en plâtre sculpté, de stèles inscrites,

En revenant vers le centre, passez devant le palais dei marqués de la Fuesanta , fi façade plateresque richement décorée (1551), avant de parvenir à la plaza de las Tendillas , où se dresse le monument érigé en l'honneur de Gonzalo Fernandez de C6rdoba, le Grand Capitaine (1921),

De là, les amateurs de détails pourront se rendre jusqu'à l'église de la Compania , fondation jésuite (1546-1589), avec un grand retable churrigueresque garni de statues de saints par Pedro Duque Cornejo; dans le couvent, à g., patio de style classique et splendide escalier baroque de marbres et de jaspes de diverses couleurs. L'église Santa Victoria , commencée en 1761 par l'architecte français Graveton, en un sévère style néo-classique, fut achevée en 1788 par Ventura Rodriguez La calle de Gondomar, couverte de toi dos en été, mène à l'église San Nicolas de la Villa, du XIIIe s., remaniée en style gothique au XVe s, (elle renferme le plus riche trésor après celui de la cathédrale).

L'église San Hipolito, fondée par Alphonse XI en 1340, mais défigurée par des adjonctions baroques au XVIIIe s., abrite les sépultures de Ferdinand IV et d'Alphonse VI.

La calle de San Felipe mène au Gobierno militar (plan Il, A2), installé dans l'ancien oratoire San Felipe de Neri, du XVIe s avec une façade attribuée à Alonso Berruguete. De là, par Horno de la Trinidad, une petite venelle, revenez il l'église de la Trinidad , puis un paseo de la Victoria.

3 - De San Pablo à San Lorenzo

Au cours de cette promenade, visitez surtout les églises San Pablo et San Lorenzo, mais la présence, près de la première, d'un temple romain bien reconstitué avec ses éléments d'origine ne devrait pas manquer de susciter l'intéret. De San Lorenzo, gagnez directement la plaza de los Dolores, l'une des places les plus typiques de Cordoue et de toute l'Andalousie, si l'on se contente des principales curiosités; dans ce cas, effectuez cette promenade, en voiture en vous arrêtant si possible entre l'ayuntamiento  et l'église San Pablo , puis sur la place devant San Lorenzo

Près de l'ayuntamiento érigé en 1594-1631 en style Renaissance (dans l'escalier de marbre, de 1731, Saint Raphael, tableau ,..88 d'Antonio dei Castillo). on a restauré un temple romain datant probablement du dernier quart du 1er siècle'de notre ère. Ce temple, aux proportions réellement monumentales - il est un peu plus grand que la Maison carrée de Nimes -, se dresse sur un haut podium et présente, en façade, une colonnade il futs cannelés fi chapiteaux corinthiens. La cella, ou lieu saint, était elle-même revêtue de plaques de marbre il l'extérieur et fi l'intérieur.

Dans ce quartier, la plaza de la Corredera  est entourée de portiques de style classique de la fin du XVIIe s.; marché pittoresque le matin. On y célébrait autrefois les autodafés et des courses de taureaux.

L'église San Pablo , la plus belle église médiévale de Cordoue, fut construite en style de transition entre le roman et le gothique en 1241, mais avec des éléments d'inspiration arabe, notamment la double coupole aux arcs en étoiles superposées et le plafond mudéjar, de 1537.

A l'intérieur,à g., capilla dei Rosario (1409), avec une chambre des reliques (camarin) de style baroque (sculptures de Pedro Duque Cornejo et peintures de Palomino et de Pedro Antonio).

Dans la calle de San Pedro, remarquez, à dr., la façade plateresque du palais de los Villallones (XVie s.); avant l'église San Andrés, du XIIIe s., remaniée au XVIIIe S. (dans une chapelle du transept g., retable du début du XVIe s., peint et sculpté).

L'église San Lorenzo , de style romano-gothique, mais transformée en 1687, s'ouvre du côté de la place par un portail précédé d'un porche du XIV" s. que surmonte une belle rosace; les portails latéraux et le chevet ont conservé leur caractère monumental en style de transition; il l'intérieur, à la voGte du sanctuaire et dans l'abside, peintures murales (la Passion), du début du XVe s.

A partir de la, les visiteurs se limitant a l'essentiel gagneront directement la plaza de los Dolores

La plaza de los Dolores , curieuse petite place, digne de 1 figurer en frontispice d'un ouvrage sur l'Andalousie, doit son charme et sa personnalité à ses longs murs blancs, à ses portails baroques, mais surtout au Cristo de los Faroles, un Christ entouré de lampes en fer forgé dont les figures se détachent en ombres chinoises la nuit, au clair de lune. A une extrémité de la place, le couvent des Capuchinos, aux portails baroques, date du XVIIe S.

A partir de ce quartier on pourrait encore voir la torre de la Malmuerta , un vestige de l'ancienne puerta del Colodro, avec une inscription attestant qu'elle fut édifiée en 406 "sous le règne du puissant don Henri III", la tradition a donné a cette tour le nom de la Malmuerta parce qu'elle fut construite assure-t-elle, aux frais d'un chevalier qui avait assassiné sa femme et obtint sa grâce a ce prix.

Près de la, le couvent de San Cayetano  fut fondé par saint Jean de la Croix, en 1580; église de style classique du début du XVIIe s. L'ancien couvent de la Merced qui développe du côté de la plaza de 1 Col6n l'une des plus belles façades baroques de Cordoue (1745), comprend un beau patio Renaissance; il est aujourd’hui occupé par la Diputaci6n; dans l'église, sculptures de Gomez de Sandoval et des peintures de Cobo de Guzman.

En revenant vers le centre de la ville a partir de la plaza de los Dolores, les amateurs de détails pourront encore visiter l'église de las Capuchinas , avec un , portail baroque, l'église San Miguel, fondée par le roi saint Ferdinand au X s. (retable principal orné de sculptures de José Cano), et le circulo de la Amistad, club privé installé dans un ancien couvent dont le patio est orné d'azulejos (dans les salons, peintures de Julio Romero de Torres et de Rodriguez Casado).

4-Nuestra Seriora de la Fuensanta

Promenade s'adressant surtout aux amateurs de détails, a effectuer de préférence en voiture en s'arrêtant pour visiter les principaux monuments.

L'église San Pedro, cathédrale a l'époque musulmane (début du XIIIe s.), mais remaniée en style Renaissance au XVIe s., renferme, dans sa Capilla Mayor, un grand retable churrigueresque du XVIIIe S. L'église Santiago, du XIIIe s" est dotée d'un clocher qui est un ancien minaret (à l'intérieur, dans la chapelle dei Bautismo, retable du XVIe S. ; dans la sacristie, Vierge aux anges, tableau d'Alejo Fernandez).

Vous vous rendrez ensuite a l'ermitage de los Mârtires, au bord du Guadalquivir, où, sous l'autel, se trouve un sarcophage romain du IIIe S.

Plus loin, le sanctuaire de Nuestra Senora de la Fuensanta est un lieu de pèlerinage près d'un puits miraculeux; dans l'église, de 1641, tableaux de A. delCastillo, de Pablo de Céspedes, etc.

Sur le chemin du retour, le couvent dei Carmen Calzado est une construction du XVIe s., avec une église de style mudéjar (1580) couverte d'un plafond artesonado (retable peint, par Juan de Valdés Leal, en 1658).

L'église de la Magdalena fut construite au XIIIe s., sous le règne de saint Ferdinand, mais fut remaniée en style baroque au XVIIIe S.