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Ils ont été nombreux les voyageurs, qui de tous temps, se sont rendus dans
la péninsule. Qui n'a présent à l'esprit les aventures romantiques que nous
content Théophile Gauthier et Prosper Mérimée? Ces auteurs ne faisaient que
prendre la suite de voyageurs français, anglais, vénitiens, qui, depuis le début
de l'époque moderne, s'en furent parcourir les chemins de cette terre desséchée
ou verte.
Pourtant, c'est au Moyen Age que l'Espagne a le plus attiré sur ses routes
les populations d'Europe. En franchissant le col de Roncevaux, les pèlerins,
venus de tous les horizons du Vieux Continent, se dirigeaient par le "Chemin
français» vers la ville ou se trouvaient les restes de l'apôtre saint Jacques
le Majeur, fils de Zébédée Une étoile avait indiqué le lieu ou la basilique
devait être construite. Ces millions de gens qui cheminaient dans les régions
du nord de l'Espagne connaissaient les montagnes abruptes et souvent" dangereuses,
les plaines dénudées et poussiéreuses de la Tierra de Campos, les collines verdoyantes,
sauvages, mystérieuses et attirantes de Galice, ou les Celtes jadis construisirent
leurs villages, bâtirent leurs dolmens et plantèrent leurs menhirs.
Quelle époque fabuleuse connurent ceux qui, du XI. au XV s., prirent le chemin
de l'Espagne! Les Andalousies, unies ou éclatées dans les royaumes de Taifas,
donnaient à l'Occident les bases de ce qui allait devenir sa philosophie, ses
sciences, sa musique. D'origine juive ou arabe, l'œuvre des savants et des créateurs
du sud était étudiée à Paris, Boulogne, et dans toute la Méditerranée.
Il s'agit avant tout du pays de la lumière. .
Lumière éclatante, desséchante, qui empêche par sa crudité absolue de laisser
une quelconque place au mystère, au doute, au possible.
Lumière qui balaie la Castille dans une journée d'automne, au début de mai,
et laisse l'homme face à son destin sans autre point de repère dans l'immensité
de son ciel, qu'un chêne vert sur un mamelon roux, un peuplier verdoyant ou
doré, oublié au bord d'une route rectiligne.
Lumière incertaine, douce, embuée de bruine, qui permet à tous les tons de
vert, dont se vêt le paysage, d'atteindre leur plus profonde intensité.
Lumière grise, qui crée par les lambeaux de brouillard masquant les crêtes
des collines, le climat profondément magique des pays verdoyants du nord de
l'Espagne.
Lumière grecque de l'Andalousie méditerranéenne, qui permet parfois de voir
mille soleils se refléter en miroitant dans des étangs rouges, brillant d'autant
d'écailles, comme des touches du pinceau de Claude Monet, de percevoir d'autres
espaces, de se sentir à la fin d'un monde et de rêver qu'Ulysse peut a tout
instant apparaître dans la mer d'Almeria sur les traces d'Hercule.
On trouve dans la langue espagnole de nombreuses expressions pour qualifier
une nuit blanche: «Una noche toledana» - «Una noche a la luna de Valencia».
Comme les nuits espagnoles sont ensorcelantes quand on contemple le ciel de
Salamanque, chanté par le poète mystique fray Luis de Leon, orné de tant d'étoiles
dans sa profonde limpidité, quand on sent l'intensité de l'espace nocturne au
château de Loarre ou de Calatrava ou quand on s'enivre des senteurs des géraniums,
des roses ou du jasmin qui embaument les jets d'eau du Généralife sur la colline
de l'Alhambra à Grenade.
Au retour de leurs séjours en Espagne, le regard des voyageurs de jadis reflétait
les horizons larges, vierges, des régions qu'ils avaient traversées. Ils en
gardaient aussi la conscience qu'ils avaient atteint un pays de frontières,
que l'Europe se terminait dans cette péninsule qui en était de ce fait le phare,
le bastion; que d'elle partiraient les conquérants de nouveaux espaces, que
par elle s'étaient unies les grandes civilisations de la Méditerranée. Arrivés
au cap Finisterre, souvent perdu dans le brouillard, ou les sirènes avertissent
les bateaux du danger des écueils, les pèlerins du chemin de Saint-Jacques pouvaient
se demander si au-delà de ces brumes, il n'y avait pas d'autres mondes ignorés,
d'autres espaces qui viendraient se greffer sur celui de l'Espagne et transformer
les structures mêmes du monde dans lequel ils vivaient. La magie tellurique
y existe plus qu'ailleurs. On se sent pris par la force de cette terre si pauvre,
si désolée, que chaque plante, chaque herbe qui y pousse, apparaît comme un
défi ou un miracle.
Quand on traverse l'Espagne, on est particulièrement frappé de voir comment
l'ensemble des habitants d'une ville, d'un village passe le plus clair de son
temps à l'extérieur. La rue, la place (plaza Mayor) sont les lieux de rencontre
et de promenade, le endroits où l'on communique, où l'on est informé de ce qui
se passe dans le groupe. Tavernes, bars, cafés sont autant de livres ouverts
dans lesquels s'établissent les contacts, se donnent les nouvelles.
Certaines rues sont célèbres dans toute l'Espagne: calle del Olmo à La Corogne,
El Tubo à Saragosse, quelques artères du vieux Saint-Sébastien, la plaza Mayor
de Salamanque sont envahies de public en fin de matinée, et en fin d'après-midi.
Si l'on y apprend des autres tout ce qu'il y a d'important, on y va aussi pour
se montrer. Depuis l'inoubliable figure de l'écuyer de Tolède peinte par l'auteur
anonyme du Lazarillo de Tormes, débordant de désespérante et vaine dignité,
les Espagnols ont conservé le goût parfois baroque de l'apparence. Si leur façon
de s'habiller est aujourd'hui européenne, on trouve encore chez eux un goût
extrême de la tenue, de la présentation, de la propreté, d'autant plus louable
que les budgets ne sont pas aussi confortables que ceux de leurs voisins du
Nord. Cultiver l'apparence jusqu'à lui donner une profondeur, une réalité en
soi, aller dans certains cas jusqu'à ne plus être qu'un masque. Ceci entraîne
le dédoublement: se voir agir à l'intérieur de la société, plutôt qu'agir, être
accompagné du miroir, parfois paralysé par lui, parfois conseillé dans la beauté
d'un geste, dans la grandeur d'une générosité.
Si l'on sait que tout n'est qu'apparence, tout devient relatif. Cette relativité
s'applique aussi bien à la conception de la vie ou de la mort, à la capacité
de dominer les drames nationaux ou personnels, en en mesurant l'ampleur sans
être noyé par eux.
La vie débordante d'une jeunesse, qui veut se mettre à l'heure européenne
sans imiter ce qui se passe à l'extérieur de ses frontières, est particulièrement
active dans l'adaptation des modes internationales (rock), mais de plus en plus
attentive à sa création propre, à de nouvelles façons d'envisager la vie en
prenant d'autres habitudes, en écoutant d'autres musiques... Ces mouvements
sont perceptibles dans beaucoup de villes espagnoles, mais c'est à Madrid, dans
les quartiers du centre, dans les rues de Malasalia, près de la place 2 de Mayo,
que l'on en trouve l'expression la plus dense, la plus élaborée, la plus variée.
De nombreux cafés-concerts retrouvent les airs «rétro », qui alternent avec
des productions toute récentes. Les spectateurs, souvent très jeunes, créent
un climat de grande sympathie. Il n'y a point de violence dans ce quartier de
la «movida». Si de nouvelles tendances apparaissent chaque jour dans cette Espagne
qui bouge, se remet en question, se prépare à jouer un rôle important dans la
CEE, par son économie mais surtout par sa culture et par la jeunesse de ses
responsables, les forces traditionnelles sont toujours présentes. La «fête nationale
», comme on l'appelle ici, est la tauromachie.
Retransmises par la télévision, les grandes corridas de la temporada (saison)
sont suivies par un public très nombreux. Les fêtes des villes et des villages
attirent beaucoup de monde, même lorsqu'elles continuent d'être la scène de
manifestations anciennes parfois cruelles (San Fermin à Pampelune, fêtes de
Coria en Estrémadure, de Tarazona en Aragon...)
Les époques de voyage les plus favorables, pour l'ensemble de la péninsule,
sont le printemps et l'automne. Vous visiterez de façon plus détendue les villes
si riches d'Andalousie désertées par les hordes des voyages organisés. Le plateau
castillan se pare de couleurs magnifiques aux «intersaisons».
L'été comblera les amoureux de soleil et de chaleur, mais on trouvera tout
de même quelque fraîcheur au bord de la mer et en montagne. L'hiver sera recommandé
pour un séjour de villégiature sur la Costa dei Sol, semblable en cela à la
Côte d'Azur, ou dans les îles Canaries, aux températures plus douces encore.
Les amateurs de ski ne manqueront pas les stations des Pyrénées et du Val d'Andorre.
Selon les régions, toutes les saisons peuvent être conseillées. Au printemps:
Andalousie, Baléares et côte méditerranéenne, Castille; en été: côte Cantabrique,
Pays basque et Galice; Pics d'Europe et Pyrénées, sierras castillanes (Guadarrama,
Gredos), sierra Nevada; en automne: Andalousie intérieure, Castille, côte méditerranéenne;
et en hiver: Baléares et Canaries, Costa dei Sol, Pyrénées.
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